Il n'avait pas vraiment de tête pour se mettre en posture d'écoute, comme son ami, mais il aurait presque réussi à faire croire qu'il en avait une. Une série de bips-bips et de gazouillis sortirent de son haut-parleur. Même pour une oreille humaine très sensible, ce n'était au plus qu'un grésillement d'électricité statique. Or, pour 6PO, ces bruits formaient des mots aussi clairs et nets que le langage humain.

- Oui, je suppose qu'ils ont effectivement dû couper l'énergie, admit 6PO. Qu'allons-nous faire maintenant?

Nous ne pouvons pas pénétrer dans l'atmosphère avec notre stabilisateur principal détruit. Je n'arrive pas à croire que nous allons simplement nous rendre.

Un petit groupe d'hommes armés apparut soudain, le fusil braqué. Les traits de leur visage étaient tirés par la fatigue, leurs uniformes fripés et défaits, mais leur expression, leur démarche étaient bien celles d'hommes prêts au combat, décidés à mourir s'il le fallait.

6PO les regarda en silence jusqu'à ce qu'ils eussent disparu au loin derrière un coude de la coursive. Il baissa ensuite les yeux vers D2. Le petit robot n'avait pas changé de position d'écoute. Le regard de 6PO se leva aussi, bien qu'il sût que D2 avait des sens légèrement plus aiguisés que les siens.

- Qu'y a-t-il, D2 ?

Une brève rafale de gazouillis lui répondit. L'instant d'après, les senseurs hautement exercés n'étaient plus nécessaires : un silence de mort régna dans la coursive. Puis, une ou deux minutes plus tard, un léger grattement devint perceptible ; on aurait dit un chat derrière une porte, quelque part en haut. Ce bruit étrange devait être produit ensemble par le piétinement d'une troupe et le mouvement d'un appareil lourd contre la coque du vaisseau.

Plusieurs explosions étouffées retentirent. 6PO murmura :

- Ils sont entrés quelque part au-dessus. Pas de fuite possible pour le commandant, cette fois. (Il se touma et lança un coup d'oeil sur D2.) Je crois que nous ferions mieux...

Un grincement de métal torturé l'empêcha de poursuivre, et l'extrémité opposée de la coursive s'illumina d'un éclair chimique aveuglant. Quelque part là-bas, la petite troupe d'hommes armés qui s'était introduite dans le vaisseau avait trouvé le contact.

6PO détouma son visage - et ses délicats photorécepteurs - juste à temps pour éviter les fragments de métal qui volaient dans la coursive. A l'autre bout, la porte de sécurité avait volé en éclats. Un trou béant, aux bords calcinés, apparut derrière la fumée blanche et des formes brillantes comme la perle s'élancèrent dans la coursive. Les deux robots savaient qu'aucune machine ne pouvait rivaliser avec l'agilité des nouveaux arrivants qui s'étaient instantanément mis en position de combat. Ces démons blancs n'étaient pas des droïds comme leur armure étincelante aurait pu le laisser croire, c'étaient des hommes, des soldats aguerris aux gestes souples et précis.

L'un d'eux regarda droit en direction de 6PO - « Non, pas exactement vers moi, pensa frénétiquement le robot terrifié, mais derrière ». La silhouette fit toumer son gros fusil entre ses mains blindées. Trop tard. Un rayon de lumière intense le frappa à la tête, envoyant des morceaux d'armure, d'os et de chair voler dans toutes les directions.

La moitié des soldats impériaux ouvrirent le feu en même temps. Ils visaient quelque chose derrière les deux robots dans la direction d'où provenait le premier coup.

- Vite, par ici 1 ordonna 6PO, fort désireux de s'éloigner des Impériaux.

D2 le suivit. Ils n'avaient fait que quelques pas quand ils virent les hommes de l'équipage rebelle, devant eux, mitrailler tout l'espace de la coursive. En quelques secondes, le couloir fut rempli de fumée et de rayons d'énergie entrecroisés.

Les longs traits rouges, verts et bleus ricochaient contre les parois polies et sur le sol lisse, creusaient de longues gouttières dans les surfaces métalliques. Les cris des blessés et des mourants - un son très peu robotique, songeait 6PO

- perçaient bizarrement le tonnerre des bruits inorganiques.

Un rayon frappa le sol tout prés des pieds du droïd au moment où un autre coup touchait la paroi exactement derrière lui, libérant des centaines de circuits grouillants d'étincelles et des enchevêtrements de tuyaux. Le souffle combiné de la double explosion jeta 6PO dans les câbles emmêlés, le transformant tout à coup en un appareil tordu et convulsé, traversé par des dizaines de courants opposés.

Des sensations étranges lui coururent jusqu'aux extrémités. Elles ne lui causèrent aucune douleur, seulement une confusion. Chaque fois qu'il tentait de se libérer, il ne faisait que provoquer un nouveau craquement violent brisant un nouveau circuit, libérant de nouvelles étincelles. Les cris des hommes, les éclairs des armes continuaient de retentir et de briller autour de lui. La bataille faisait rage.

La fumée commençait à remplir la coursive. D2-R2 s'affairait, essayant d'aider son ami à se libérer. Le petit droïd manifestait une indifférence tranquille envers les énergies destructrices qui emplissaient la coursive. Il était ainsi construit que la plupart des rayons lui passaient audessus de la tête.

- Au secours1 hurla 6PO, soudain efirayé par le message d'un senseur interne. Je crois que quelque chose est en train de fondre. Dégage ma jambe gauche - le problème est près du servo-moteur pelvien.

Comme à l'accoutumée, son ton passa soudain de l'imploration au commandement.

- Tout ceci est de ta faute 1 cria-t-il avec colère. J'aurais mieux fait de ne pas faire confiance à un auxiliaire en vadrouille, espèce de demi-portion thermocapsulaire 1 Je ne sais pas pourquoi tu as insisté pour que nous quittions nos positions et descendions dans ce stupide couloir d'accès.

Non que cela ait beaucoup d'importance désormais. Le navire entier doit...

D2-R2 le coupa au milieu de son discours avec quelques furieux bips de son cru, tout en continuant à couper et à tirer avec précision les câbles à haute tension emmêlés.

- C'est ainsi ? répliqua 6PO en ricanant. Autant pour toi, espèce de petit... l Une explosion exceptionnellement violente secoua la coursive et couvrit le son de sa voix. Une multitude de composants carbonisés à vous dessécher le souffle d'un androïde remplit l'atmosphère, noircissant les parois, imprégnant l'air.

Deux mètres. Bipède. Les noires traînes flottantes enveloppaient la silhouette, le visage était masqué à jamais par un écran fonctionnel, bizarre, de métal ténébreux. Le Seigneur Noir de Sith avait une terrible allure en parcourant les couloirs du navire rebelle.

La crainte naissait dans le sillage de tous les Seigneurs Noirs. Le nuage de malignité qui imprégnait celui-ci en particulier était assez intense pour faire reculer les soldats impériaux, pourtant endurcis, assez menaçant pour les faire marmonner nerveusement entre eux. Les membres de l'équipage rebelle, même les plus résolus, cessèrent toute résistance, rompirent le combat et se dispersèrent à la vue de la sinistre armure - armure noire, mais aussi sombre que les pensées qui traversaient l'esprit de son occupant.

Un but, une pensée, une obsession dominait pour l'instant cet esprit. Elle brûlait dans le cerveau de Dark Vador tandis qu'il s'engageait dans une autre coursive du vaisseau blessé.

La fumée commençait à se dissiper. Les bruits de combat éloignés résonnaient encore à travers la coque. Ici, la bataille avait cessé. Elle se poursuivait, s'éteignant en vagues échos, là-bas dans l'une des dizaines et des dizaines de coursives et de cabines.

Seul un robot pouvait encore se mouvoir librement dans le sillage du Seigneur Noir. Z-6PO se dégagea enfin du demier câble qui l'emprisonnait- Quelque part derrière lui, on entendait des cris humains signalant les endroits où les soldats impériaux menaient l'assaut contre les derniers îlots de la résistance rebelle.

6PO jeta un coup d'oeil en bas et ne vit que le sol déchiqueté. Il regarda autour de lui et lança d'une voix inquiète :

- D2-R2, où es-tu ?

La fumée sembla se dissiper encore un peu. 6PO avait les yeux braqués sur la coursive.

D2-R2 était là, lui sembla-t-il. Mais il ne regardait pas dans la direction de 6PO. Le petit robot avait plutôt l'air pétrifié, dans une attitude attentive. Penchée sur lui, il y avait

- même les photorécepteurs électroniques de 6PO avaient du mal à percer la fumée acide et épaisse - une silhouette humaine. Jeune, mince et, d'après les étranges normes esthétiques humaines, estimait 6PO, d'une beauté sereine. Une petite main semblait s'agiter devant le haut du tronc de D2.

6PO partit à leur rencontre tandis que la fumée s'épaisissait une fois de plus. Lorsqu'il atteignit l'extrémité du couloir, D2 était seul. 6PO regarda derrière lui, incrédule.

SUITE