LA GUERRE DES ÉTOILES

Les robots étaient parfois sujets à des hallucinations électroniques mais pourquoi, dans ce cas, aurait-il vu un humain ?

Il haussa les épaules... Après tout, pourquoi pas, surtout si on envisageait les événements déroutants qui se déroulaient depuis une heure, ainsi que la dose de courant brut qu'il avait absorbée quelques minutes plus tôt. Il n'avait pas lieu de s'étonner de tout ce que ses circuits associatifs intemes lui suggéraient.

- Où étais-tu passé ? demanda enfin 6PO. Tu te cachais, je suppose.

Il décida de ne pas mentionner l'humain qu'il avait cru voir. Si c'était une hallucination, il n'allait pas donner à D2 la satisfaction de savoir quels dommages les récents événements avaient fait subir à ses circuits logiques.

- Ils vont revenir par ici, poursuivit-il en montrant l'autre bout de la coursive et sans laisser au petit robot la moindre chance de répondre. Ils chercheront les survivants humains. Qu'allons-nous faire maintenant ? Si nous disons que nous ne savons rien d'intéressant, ils ne croiront pas ce que peuvent dire des machines, surtout détenues par des rebelles. On nous enverra dans les mines d'épices de Kessel ou on nous enverra à la casse finir en composants de rechange pour d'autres robots, moins dignes d'intérêt. Et encore faudrait-il qu'ils ne nous considèrent pas comme des pièges programmés et qu'ils ne nous réduisent pas en poussière. Si nous ne...

Mais D2 avait déjà fait demi-tour et se dirigeait rapidement du mauvais côté.

- Attends, où vas-tu ? Tu ne m'écoutais pas ?

Marmonnant des insultes en plusieurs langues, dont certaines purement électroniques, 6PO se mit lestement à la poursuite de son ami. Les modèles D2, se dit-il intérieurement, savent court-circuiter leurs audio-senseurs à volonté.

Devant la porte du poste de contrôle, le couloir était encombré de prisonniers maussades rassemblés par les soldats impériaux. Certains étaient blessés, d'autres mourants. Plusieurs officiers avaient été séparés des simples soldats et formaient un petit groupe à part. Ils lançaient des regards belliqueux au cordon de soldats silencieux qui les tenaient à l'écart.

Comme sur un ordre, tous les hommes présents - soldats impériaux et rebelles - firent silence à l'instant où une silhouette massive enveloppée d'une grande cape faisait son apparition, au dernier toumant du couloir. Deux officiers rebelles, résolus et obstinés un instant auparavant, baissèrent les yeux. S'arrêtant devant l'un des deux hommes, la silhouette géante tendit le bras sans dire un mot. La main énorme se referma autour du cou de l'homme et le souleva du sol. Les yeux du rebelle se révulsèrent, mais il resta silencieux.

Un officier impérial sortit en toute hâte de la salle de contrôle. Son casque blindé repoussé en arrière révélait une cicatrice récente à l'endroit où un rayon énergétique avait transpercé son bouclier. Il secoua la tête négativement.

- Rien, Seigneur Vador. La banque de données est sans intérêt.

Dark Vador accueillit cette nouvelle d'un hochement de tête à peine perceptible. Le masque impénétrable se touma vers l'officier qu'il torturait. Les doigts gantés de métal serrèrent. S'accrochant aux poignets de son bourreau, l'officier essaya désespérément de se dégager, mais sans succès.

- Où sont les données que vous avez interceptées ?

tonna Vador d'une voix menaçante. Qu'avez-vous fait des enregistrements magnétiques ?

- Nous... n'avons intercepté... aucune donnée, balbutia l'officier entre deux hoquets.

Ses jambes battaient l'air. Du plus profond de son être il trouva la force de pousser un cri d'indignation.

- Ceci est un... vaisseau consulaire... Vous n'avez donc pas vu les insignes... ? Nous sommes... en mission...

diplomatique.

- Que le chaos emporte votre mission ! gronda Vador.

Où sont ces bandes ?

Il serra plus fort.

Quand il répondit enfin, l'officier ne put émettre qu'un faible murmure à peine audible.

- Seul le... commandant sait.

- Ce navire porte les armoiries d'Alderaan, gronda Vador, approchant de l'officier son masque de cauchemar. Y a-t-il des membres de la famille royale à bord ? Qui transportez-vous ? Si c'est un vaisseau consulaire, qui est l'ambassadeur ?

Les doigts épais serrèrent davantage et les gestes de l'officier devinrent de plus en plus frénétiques. Ses paroles se brouillèrent en un gargouillement incompréhensible.

Vador n'était guère satisfait. Alors même que le corps de l'officier devenait mou, annonçant l'issue fatale, la main continua de serrer, produisant un bruit sec terrifiant d'os brisés. Enfin, avec un sifflement agacé, Vador lança contre le mur le cadavre flasque comme une poupée. Plusieurs soldats impériaux s'écartèrent juste à temps pour éviter le sinistre projectile.

La silhouette massive fit brusquement volte-face et les officiers impériaux tremblèrent sous le regard totalement noir des senseurs globuleux.

- Fouillez le navire, de fond en comble, jusqu'à ce que vous trouviez ces enregistrements. Quant aux passagers, s'il y en a, je les veux, vivants 1 Il marqua une brève pause et ajouta :

- Rapidement !

Les officiers et les hommes se bousculèrent les uns les autres dans leur hâte de s'en aller pour obéir aux ordres de Vador certes, mais surtout de fuir sa présence maléfique.

D2-R2 s'arrêta enfin dans un couloir vide, sans fumée ni traces de combat. 6PO, ennuyé, le rattrapa.

- Tu nous as fait traverser la moitié du vaisseau. Bon, et maintenant... ?

Il se tut, regardant d'un air incrédule le petit robot tendre une pince et briser le sceau d'une porte de capsule de sauvetage. Une lampe rouge s'alluma immédiatement et une sonnerie d'alarme résonna dans le couloir.

Affolé, 6PO touma la tête en tous sens, mais le couloir resta vide. Quand il regarda de nouveau D2, celui-ci se frayait déjà un chemin dans l'habitacle étroit de la capsule.

S'il était juste assez grand pour contenir plusieurs humains, il n'était pas conçu pour emporter des machines comme D2.

Ce demier avait d'ailleurs bien du mal à s'installer dans le petit compartiment biscomu.

- Dis donc, lança 6PO, abasourdi, sur un ton docte, tu n'as pas le droit d'entrer là-dedans! C'est réservé aux humains. Nous pouvons tout juste réussir à convaincre les Impériaux que nous ne sommes pas programmés par les rebelles et que nous avons trop de valeur pour qu'on nous démonte, mais si quelqu'un te voit là-dedans, nous n'avons pas une chance. Allons, sors de là.

D2 avait enfin réussi à se glisser devant le tableau de bord miniature. Il remua légèrement et lança un flot de sifflements et de bips sonores à son compagnon réticent.

6PO écouta. Il ne pouvait pas froncer les sourcils mais il parvint assez bien à évoquer cette mimique.

- Mission... quelle mission ? De quoi parles-tu ? J'ai l'impression qu'il ne te reste plus un seul terminal logique intact dans le crâne. Non... non, plus d'aventures. Je courrai ma chance avec les Impériaux. Et il est hors de question que j'entre là-dedans.

Un furieux cliquetis électronique sortit de D2.

- Comment1 Moi ? Un intellectuel au crâne mou ?

s'indigna 6PO. Regarde-toi, gros tas de cambouis 1 6PO était en train de préparer une seconde bordée d'épithètes plaisantes quand une explosion fit sauter la cloison du couloir. De la poussière et des débris métalliques jaillirent dans l'étroite coursive, instantanément suivis par une série d'explosions en chaîne. Les flammes commencèrent à lécher avidement le mur intérieur dénudé, se reflétant sur l'épiderme polie de 6PO.

Murmurant l'équivalent électronique de « confier son âme à l'inconnu », le robot dégingandé sauta dans la capsule de sauvetage.

- Je vais le regretter, murmura-t-il un peu plus nettement, tandis que D2 faisait fonctionner la porte de sûreté derrière lui.

Le petit droïd abaissa une série de commutateurs, referma un abattant et appuya successivement sur trois boutons. Dans le tonnerre des charges d'expulsion, la capsule de sauvetage s'éjecta du vaisseau prisonnier.

Quand il apprit dans son communicateur que la demière poche de résistance avait été nettoyée, le commandant du croiseur impérial se détendit. Il écoutait avec plaisir les rapports sur le vaisseau capturé lorsqu'un des officiers commandant le tir attira son attention. S'approchant de l'homme, le commandant regarda l'écran circulaire et aperçut un point minuscule s'éloignant en direction du monde brûlant de Tatooine, en bas.

- Encore une capsule qui s'en va, mon commandant.

Vos instructions ?

La main de l'officier se balançait au-dessus d'une commande de batterie énergétique informatisée.

Tranquillement, confiant dans sa puissance de tir et son contrôle total de la situation, le commandant étudia sur un écran voisin les voyants de surveillance automatique de la capsule. Aucun ne s'allumait.

- Ne tirez pas, lieutenant Hija. Les instruments indiquent qu'il n'y a aucune forme de vie à bord. Le mécanisme d'éjection de la capsule a dû être court-circuité ou a reçu une instruction erronée. Ne gâchez pas votre énergie.

Il se détouma pour écouter avec satisfaction les rapports concemant les prisonniers et le matériel saisi sur le navire rebelle.

Les éclats des panneaux qui explosaient et des circuits électriques qui sautaient se reflétaient follement sur l'armure du soldat de tête. Il observait le couloir devant lui. Il était sur le point de se tourner pour faire signe aux autres de continuer quand il remarqua quelque chose qui bougeait sur le côté. La chose semblait accroupie dans une petite alcôve sombre. Tenant son arme prête, il s'avança prudemment et jeta un coup d'oeil dans le recoin.

Une silhouette mince et tremblante vêtue d'une robe blanche était blottie au fond du recoin et fixait l'homme. Le physique cadrait avec la description de la personne à laquelle le Seigneur Noir s'intéressait le plus. Le soldat de choc sourit derrière son casque. Une heureuse rencontre pour lui.

Il serait félicité.

A l'intérieur de son armure, sa tête touma légèrement ; il orienta sa bouche dans le minuscule micro.

- Elle est là, lança-t-il à ceux qui le suivaient. Je lui envoie un coup de...

Il ne termina jamais sa phrase, pas plus qu'il ne reçut les félicitations qu'il espérait. Dés que son attention se fut détoumée de la jeune femme, celle-ci cessa instantanément de trembler. Le pistolet énergétique qu'elle tenait dissimulé apparut et frémit quand elle tira de sa cachette.

Le soldat de choc qui avait été assez malchanceux pour la découvrir tomba le premier, la tête fondue dans une masse d'os et de métal. Le même sort accueillit le second soldat en armure qui se profilait derrière.

- Les rayons paralysants1 cria l'officier au milieu du petit groupe qui commençait à douter.

Un rayon d'énergie vert atteignit la jeune femme à la hanche et elle bascula par terre, le pistolet encore serré dans la main.

Des silhouettes métalliques s'attroupèrent autour d'elle.

L'une d'elles, qui portait un insigne de sous-officier sur le bras, s'agenouilla et la retouma. L'homme étudia la jeune femme paralysée d'un oeil connaisseur.

- Elle s'en tirera, déclara-t-il enfin en regardant ses subordonnés. Prévenez le seigneur Vador.

6PO regardait, hypnotisé, par le petit hublot de la minuscule capsule de sauvetage. L'oeil bouillant et jaune de Tatooine commençait à les avaler. Quelque part derrière eux, il le savait, le vaisseau blessé et le croiseur impérial reculaient jusqu'à devenir imperceptibles.

Cela lui convenait parfaitement. S'ils atterrissaient près d'une ville civilisée, il chercherait un emploi élégant dans une atmosphère sereine, quelque chose qui conviendrait davantage à son statut et à sa formation. Ces demiers mois lui avaient apporté vraiment beaucoup trop d'excitation et d'imprévus pour une simple machine.

Les manipulations apparemment désordonnées de D2 sur les commandes de la capsule promettait tout sauf un atterrissage en douceur. 6PO considéra son compagnon avec inquiétude.

- Es-tu certain de savoir piloter cet engin ?

D2 répondit par un sifflement réservé qui ne modifia guère le pessimisme foncier du grand droïd.

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